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Gournier

Posted 7/9/2018

Au plus profond des désirs ténébreux

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Un porche magistral. Le lac qui s’étend à ses pieds, et s’enfonce dans les ténèbres de cette antre. Une petite embarcation, quelques matériels, pour s’approcher, doucement de la vire au fond à gauche. Quelques pas d’escalade pour rentrer dans le coeur de cette grotte. La grotte du Gournier. L’entrée fossile, point d’entrée de ce réseau qui semble sans fin, vient brusquement éteindre les lumières du jour, refermer sur nous l’obscurité du monde souterrain.

Chemins au détour des gours, où l'eau limpide ruisselle sans bruit, dans l'antre de cette grotte sculptée par les temps immémoriaux, où seul un faisceau de lumière artificielle guide nos pas, de salles en salles. Jusqu’au lieu choisi. Celui qui accueillera ce rituel d’amour. Toi & moi.

Le crépitement des flambeaux commencent. Posés autour de cette stalagmite construite goutte à goutte, depuis des millénaires, la lumière chaude et vacillante crée une vie par les milles reflets des flammes.

Ton corps à demi-dénudé est magnifié, dessiné par tes mains attachées ensemble, tendues au-dessus de toi par une corde qui se perd dans le noir, enroulée autour d’une stalagmite décorée de milles festons de calcaire. Ta peau mate contraste avec la blancheur immaculée des concrétions. Ta poitrine à nue rappelle la force de cette nature qui crée la vie, même en ces lieux les plus reculés.

Dans ce lieu, mon souffle commence une mélopée sur ma flûte basse. Une mélopée sans rythme, sans mélodie, sans structure harmonique. Une mélopée des temps lointains, qui ne rend compte ni au corps, ni au cœur, ni à l'âme, mais à la nature et l'essence même de la vie. Une mélopée qui s'enroule autour de ton corps offert, nu.

Dans la pénombre croissante, au fur et à mesure que les flambeaux s’éteignent, ton corps se noie dans l’obscurité totale de cette caverne. Où nulle lumière ne peut venir à ton secours. D'où aucun cri ne peut s'échapper vers le monde des vivants. Doucement, la mélopée s'éteint doucement, sombrant dans les registres les plus graves. Laissant résonner sa dernière note. Dans le silence. Dans l’obscurité seulement troublée par une bougie vacillante. Dernier rempart avant le noir absolu.

Tu es offerte. A mes désirs…

Impossibilité de savoir si tes yeux se ferment, de savoir quelle obscurité noie ton esprit dans cet univers hors du monde, l’obscurité de cette antre, ou l'obscurantisme de cette scène. Impossibilité de savoir d’où viendra la prochaine sensation.

Cette main qui se pose sur ton corps. Cette chaleur qui soudain t’envahit. Se répand tout au long de ta peau. Te pénètre au plus profond de toi. Cette main qui se glisse sur tes hanches, sans bruit. Une pierre qui bascule sous mon pied. Une goutte qui s’effondre avec lourdeur dans un gours. La chaleur de ma main qui se diffuse et se perd sur ton corps. La lumière absente.

D’où viendra la prochaine caresse. Tu ne peux le deviner. Jusqu’au dernier moment tu essaies de deviner sur ton corps, de guetter l’indice qui te fera deviner la suite. Tu ressens enfin mon souffle sur ta poitrine, pour enfin goûter mes lèvres qui se posent sur la pointe tendue, offerte de ton sein.

Claquement lointain. Celui d’une main qui claque sur un corps. Bruit mat qui se répercute sur les parois, semblant venir de nul part et d’un temps immémorial. Bruit fascinant que tu lies à ma main qui vient de  claquer ta fesse. Puis l’autre. Et encore l’une. Sans fin. L’echo des fessées répond à l’écho du son sur les parois de cette caverne.

Puis, ce lien de cuir. Qui passe autour du cou. Qui se tend. Ta respiration se raccourcit. Puis tourne au halètement. Pendant que les caresses entre tes jambes te rappellent à tes désirs. Mélange d’un plaisir profond qui monte, à un besoin vital qui se met à manquer. Désir de vivre le plaisir de sentir son corps en vie. Doucement, le lien de cuir se desserre. La respiration vient remplir le corps de son énergie, amplifie le plaisir qui inonde le ventre, puis tout le corps.

Silence. Un pierre qui roule. Juste là. A tes côtés. Un sifflement. La lanière de cuir qui vient cingler le bas de tes reins. Un cri à peine étouffé. Un temps qui semble infiniment long. Puis un nouveau sifflement. Un cri. De surprise plus que de douleur. La lanière cingle ton corps, laissant une légère rougeur à peine visible. Ton corps essaie d’échapper, mais reste suspendue à tes poignets liés haut au-dessus de toi.

Silence. L’eau qui court au loin, très profondément. Qui gronde dans les entrailles. Alimentée par tous les ruissellements.

Tu attends. Que mes mains se saisissent de tes hanches . Que les lèvres embrassent ton cou, ton épaule. Se glissent dans ton dos. Que tu sentes mon souffle au creux de tes reins. Entre tes fesses. Enfin là où tu désires tant mes caresses. Doucement, ton plaisir t’envahit au plus profond de ton corps. Te fais me désirer. Que je te prenne. Là. Dans ce lieu où le temps se perd…